Danse à mère
Nancy Huston
La virevolte
Être mère c'est parfois prendre soudain conscience de la brièveté des choses, de leur fragilité de leur fin inexorable.
Lin est obsédée par le temps qui passe.
Elle regarde ses deux enfants et tremble devant leur mortalité.
Alors elle danse. Elle danse les corps qui apprennent la vie, elle danse le temps, elle danse tout ce que son regard acéré observe du monde. Elle danse les questions et les réponses, les doutes et les certitudes.
Elle joue de son corps comme d'un instrument de musique, elle défie l'apesanteur et s'évade au delà des mots vers un espace qu'elle dessine à son envie.
Elle danse comme on boit, pour oublier, pour ne pas renoncer au rêve, pour garder intact l'illusion de l'éternité.
Jusqu'à en oublier qu'elle est mère.
Il existe des romans qui nous parlent plus que les autres.
Ici le regard porté sur les premiers gestes d'un enfant prend une couleur toute particulière, une sorte de miracle se produit dont le spectateur reste enchanté à vie, un battement de paupière, un sourire ébauché, une main qui se ferme, tout est sujet à émerveillement.
Nancy Houston sait écrire avec nos âmes, elle prend nos émotions, les presse, les étire, les malaxe et en extrait un miel de douceur et de douleur.